Inflation (in french)

Le monde est entré dans une spirale inflationniste
La Vie Financière N°3273 / Vendredi 29 Février 2008 / Catégorie : Interview

Gare au krach obligataire ! Pour éviter que la crise financière ne grippe la machine économique, les banquiers centraux font tourner à plein régime la planche à billets. Le grand retour de l’inflation serait proche, ce que le marché n’intègre pas encore.

Vincent Strauss, gérant chez Comgest

Après les subprimes, les monolines et autres ingéniosités financières, quelles sont les autres bombes à retardement ?

V. S. La crise actuelle n’affecte pas uniquement les subprimes ou les rehausseurs de crédit mais l’ensemble du système bancaire, qui a prêté à des conditions de crédit anormalement basses pendant des années. Dans une situation normale, une banque fait payer une prime de risque à l’emprunteur. Or, grâce à l’alchimie des produits dérivés, le risque a été évalué trop bas, ce qui a permis aux établissements financiers de prêter des fonds à des taux d’intérêt très faibles. Dès lors, les banquiers ont reporté dans le temps l’impact de ces conditions de crédit sur leur bilan, mais ils n’ont pas en revanche oublié d’empocher les bénéfices en se payant au passage de confortables bonus. C’est le hold-up du siècle ! Maintenant que les banques réintègrent le risque dans leur bilan, leurs fonds propres ont fondu comme neige au soleil, alors qu’ils s’élevaient à 875 milliards de dollars en août 2007. Une dégradation de la notation financière des rehausseurs de crédits laminerait encore plus les fonds propres des banques. Elles vont donc être obligées de se recapitaliser. La situation est tellement grave que la seule solution est de faire tourner la planche à billets.

L’inflation est-elle donc la principale menace aujourd’hui ?

Le système bancaire détruisant aujourd’hui massivement de la monnaie, les banques centrales n’ont d’autre choix que d’imprimer des billets à un rythme supérieur, avec pour conséquence dramatique de relancer l’inflation. L’objectif pour le patron de la Fed est d’éviter la sclérose du système bancaire qui entraînerait l’effondrement de l’économie. Pour sauver Wall Street, on va ruiner Main Street, c’est-à-dire que l’on va sacrifier une génération d’épargnants en émettant de la monnaie de singe. Il semble que le monde soit entré dans une spirale inflationniste.

Jusqu’à quel niveau peut monter l’inflation ?

Avant la crise bancaire, la création monétaire mondiale progressait au rythme de 20 % par an. Un niveau invraisemblable, qui équivaut à une inflation de 12 à 13 %, compte tenu d’une croissance économique de 5 %. Et cette situation ne devrait pas s’arranger du fait des pressions salariales - particulièrement spectaculaires en Chine, en Inde et dans les pays du Golfe - et du coût de l’énergie et des matières premières et agricoles. De plus, si jusqu’à présent la délocalisation des industries occidentales en Chine et en Inde a entraîné de la désinflation, ces deux pays deviennent aujourd’hui des exportateurs d’inflation.

Comment réagir face à ce grand retour de la hausse des prix ?

Première grande règle : il faut éviter les obligations. Il est en effet illusoire de prétendre que cette classe d’actifs soit défensive, alors que nous sommes probablement entrés dans une phase de remontée des taux d’intérêt réels qui devrait durer plusieurs années. Nous voyons ainsi les taux à long terme tendre vers 8-9 %, alors que le taux des obligations à dix ans aux Etats-Unis n’est aujourd’hui que de 3,6 %… Lorsque le marché aura pris conscience de ce retour de l’inflation, les taux à long terme vont fortement augmenter, réduisant d’autant la valeur des obligations. Ce krach obligataire aura des conséquences néfastes pour les fonds de pension, souvent investis à hauteur de 70 % en obligations. Les banques qui ont beaucoup prêté à taux fixe - crédits hypothécaires - vont encore souffrir dans les prochaines années. De quoi faire réfléchir les fonds souverains qui pensent faire l’affaire du siècle en rachetant des titres Citigroup à 31 dollars.

Quelle classe d’actifs faut-il alors privilégier ?

Hormis les obligations, il ne reste plus que trois classes d’actifs. Avec un tel niveau d’inflation, il ne faut évidemment pas conserver beaucoup de liquidités car leur valeur réelle va diminuer avec le temps. L’immobilier peut être intéressant, à condition de financer l’investissement avec un crédit à taux d’intérêt bas et fixe. La pierre est un placement assez bien protégé de l’inflation, comme tous les biens réels. Reste ensuite les actions, mais uniquement par défaut. Dans les pays développés, certaines activités, le tabac, le jeu, l’alcool ou encore certains services publics semblent des candidats intéressants à l’heure où la protection contre l’inflation va devenir un sujet de plus en plus important. Enfin, nous pensons que les entreprises liées à la consommation, comme Wal-Mart, sont un bon placement. Aux États-Unis, la création de monnaie, que nous avons évoquée, aura à n’en pas douter un effet direct sur la consommation

Frédéric Cazenave et Xavier Diaz

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