Sur la baisse des marchés actions (in french)

Le grand barnum des analystes a commencé :)) vive la piste aux étoiles! Analystes et stratèges livrent leurs commentaires sur la panique qui s’est emparée des places boursières mondiales. La grande majorité des professionnels s’accorde à dire que les inquiétudes des investisseurs, si elles sont légitimes, sont peut-être excessives. Pour autant, il ne faut pas minimiser les risques à court terme.BNP Paribas Asset Management constate que les rumeurs de faillites de grands établissements bancaires ont alimenté la baisse des cours ces derniers jours. “Elles paraissent pourtant peu probables”, selon les stratèges. Il est en effet difficile d’imaginer que les gouvernements ne mettront pas tout en oeuvre pour préserver la stabilité du système financier.Selon BNP Paribas AM, de nombreuses mauvaises nouvelles sont intégrées dans les cours. Les indicateurs techniques et de sentiment sont aujourd’hui “survendus” suggérant un possible rebond technique à court terme. Cette hausse pourrait être renforcée par une action concertée des banques centrales qui ne résoudrait pourtant pas tous les problèmes.La banque prévient toutefois que les difficultés du secteur financier ne s’effaceront pas en un seul jour et continueront de peser sur les marchés d’actions. L’aversion au risque élevée et le ralentissement économique l’ont amenée au fil des mois à rééquilibre son allocation en faveur des régions et des secteurs défensifs.L’analyse de Schroders est que nous nous trouvons toujours dans la phase de ralentissement du cycle économique : c’est indéniablement la période la plus volatile du cycle des marchés d’actions, comme les récentes corrections l’ont montré. “Une fois que l’ensemble des investisseurs auront capitulé et intégré que l’économie est au plus bas, il sera plus aisé de prendre des positions cibles sur les actifs et valeurs les plus décotés”, écrit la banque.Pour l’équipe de recherche de Lehman Brothers, il s’agit de l’un des plus importants déclins des indices boursiers depuis trente ans : “la baisse de 18% des indices européens depuis octobre est la sixième plus forte baisse depuis 1969. La vitesse en est remarquable. En rythme annuel, la seule chute qui ait été plus rapide s’est produite en 1998″, écrit la banque d’affaires dans une note à ses clients. Selon les calculs de Lehman Brothers, les marchés intègrent désormais la certitude d’une récession aux Etats-Unis et une probabilité de 84% d’un impact similaire sur les résultats des entreprises en Europe.En résumé, Lehman Brothers reconnaît que sa “vision positive du marché pour 2008 a pris un sérieux coup”. “Le timing apparaît crucial et nous sommes conscients que si une récession a réellement lieu aux Etats-Unis, il faut en général plus longtemps aux actions pour remonter”, selon la banque d’affaires.”Nous sommes clairement entrés dans un marché baissier, selon nous, et trois éléments nous incitent à penser qu’il est encore trop tôt pour redevenir constructif sur les actions aujourd’hui”, estime Jean Danjou chez Oddo Securities. Le responsable de la stratégie indique d’une part que depuis 1970 la baisse moyenne sur le S&P 500 lorsque la correction a dépassé 20% a été de 30% et de 36%, dans les phases où cette correction s’est accompagnée d’une récession. Il souligne d’autre part que contrairement à une idée largement répandue, il n’est pas encore établi que le sentiment général soit au désarroi ou à la capitulation sur les marchés actions. Enfin, il assure que la correction des estimations de bénéfices reste encore bien devant nous.Jean Danjou suppute par ailleurs que “des opportunités d’arbitrages de valorisation sont vraisemblablement en train d’apparaître”, la correction devenant indiscriminée, selon lui. Au-delà du clivage entre valeurs cycliques et valeurs défensives, Oddo Securities commence à scruter les rendements attractifs solides. Dans ce cadre, il retient en France, France Télécom.Sebastian Paris-Horvitz, directeur de la stratégie d’investissement chez AXA Investment Managers, constate que les doutes suscités par le contexte économique et financier sont naturels. Mais il estime qu’il n’est pas déraisonnable de penser que la politique économique peut encore agir. Et souligne en outre que les entreprises, si elles devraient afficher des résultats médiocres cette année, sont loin, en général, d’avoir connu des excès dans leurs dépenses les obligeant à des ajustements draconiens.Sebastian Paris-Horvitz juge qu’il serait erroné de parier sur un scénario noir univoque. “De ce fait, compte tenu de l’ajustement qu’à déjà subi le marché, il ne nous semble pas très judicieux de réduire davantage l’exposition aux actions”, selon lui. S’il est “dangereux d’arrêter un couteau qui tombe”, il pense toutefois que, dans une optique de moyen terme, on peut envisager de saisir de façon parcimonieuse les opportunités qui se font jour.Pour l’équipe de stratégie de CM-CIC Securities, la crise n’est pas finie. Ils tablent à ce stade sur un scénario de ralentissement de la croissance aux Etats-Unis, et par ricochet dans le reste de monde, mais dans une moindre ampleur. “La sortie de crise ne pourra être que progressive, avec une intervention plus nette des banques centrales (baisse des taux), sans oublier l’arme du déficit budgétaire (en particulier aux USA) et le réinvestissement des excédents dans des pays émergents tels que la Chine”, expliquent-ils.Sur la base ce scénario, CM-CIC Securities n’exclut pas une poursuite de la baisse des indices, après un probable rebond temporaire, suivi d’un nouvel accès de faiblesse conduisant par exemple le CAC 40 à rejoindre le niveau de 4 440 points.L’équipe de stratégie dresse ainsi deux listes de valeurs, l’une à caractère défensif qui comprend Danone, France Télécom, EDF et l’Allemand SAP, l’autres identifiant des valeurs solides dont le niveau de valorisation actuelle intègre une décroissance de la capacité bénéficiaire à l’infini qui ne leur semble pas justifié. Cette deuxième liste regroupe 11 valeurs dont 6 françaises : Lagardère, Manitou, Nexans, Total, Vallourec et Zodiac.Pour Vincent Guenzi, responsable de la stratégie d’investissement chez Cholet Dupont, le message est le suivant : “prudence, confiance et patience…”. Tant que les marchés ne reprendront pas confiance dans la politique de la Fed, le stratège estime qu’il est difficile de prédire le point bas des marchés. “Ils vont être encore très chahutés en cas de déception si la Fed n’intervient pas suffisamment vite et fort et si la BCE ne modère pas son discours”, souligne-t-il.Pour Vincent Guenzi, il est probablement trop tard pour vendre, au vu de toutes ces considérations. “De meilleures opportunités de vente devraient apparaître”, précise-t-il. Quant aux achats, certaines grandes valeurs défensives, Nestlé, Pernod, Danone, L’Oréal, Telefonica, France Telecom, Suez et EDF, et même cycliques lui paraissent attractives.Pour Groupama AM, les marchés actions resteront sous pression tant que la visibilité sur les institutions financières ne sera pas meilleure. “Les résultats 2007 publiés par les banques américaines sont mauvais, mais ils ne tiennent pas encore compte des conséquences du ralentissement économique sur les profits, préviennent-ils. Les résultats des banques européennes seront publiés dans le courant du premier trimestre, et ceux de nombre de banques asiatiques ne seront pas disponibles avant le printemps. Au-delà des banques et après cinq années de hausse, les profits de l’ensemble des entreprises vont au mieux stagner en 2008 de part et d’autre de l’Atlantique.”Pour autant, la baisse d’ores-et-déjà engrangée et l’ampleur des réactions de politiques monétaires les conduisent à réduire leurs sous-expositions sur les actions. “A titre illustratif, dans un portefeuille 50-50, nous passons ainsi progressivement de 40% d’actions à 45%, avec une exposition de 55% aux marché obligataires”, précisent-ils.Groupama AM attend un catalyseur qui signalerait le paroxysme de la crise avant de revenir sur les secteurs financiers. “Il pourrait provenir d’une recapitalisation massive ou du soutien public d’une institution américaine en difficulté. Nous restons dans l’ensemble défensifs, méfiants vis-à-vis des petites et moyennes capitalisations et surtout très réactifs, car les secteurs non financiers sont attaqués chacun leur tour”, soulignent-ils…

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