« Le pire moment du déclin est encore à venir », selon l’ancien sous-secrétaire d’État au Trésor de Reagan

28 septembre 2009, 03:12

Né en 1939, Paul Craig Roberts, diplômé de Berkeley et d’Oxford, a travaillé au sein de l’administration Reagan en 1981 et 1982. Il est considéré comme l’un des pères des « Reaganomics », ce qu’il a ouvertement regretté par la suite. Le magazine Forbes l’a désigné en 1993 comme étant l’un des sept meilleurs journalistes américains.

Il nous livre ici une vision sans concession de la situation actuelle des Etats-Unis, au plan économique.

De leur gouvernement, les Américains ne peuvent obtenir la vérité sur rien, économie incluse. Les Américains sont économiquement enterrés, avec un million d’écoliers aujourd’hui sans abri, tandis que le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, annonce que la récession est finie.

Les sophismes déguisés en information sont de plus en plus délirants. La dépense de consommation représente 70% de l’économie étasunienne. C’est sa force motrice et elle a été arrêtée. Excepté pour le super-riche, le consommateur n’a vu aucune hausse de revenu au 21ème siècle. Sur shadowstats.com, le statisticien John Williams signale que le revenu réel des ménages n’a jamais retrouvé son apogée d’avant 2001.

L’économie a été maintenue en marche, en substituant la montée de l’endettement du consommateur à la hausse de son revenu. L’ancien président de la Réserve fédérale, Alan Greenspan, a favorisé l’endettement du consommateur avec le faible taux d’intérêt. Ce faible taux d’intérêt a fait monter le prix des maisons, permettant ainsi aux Américains de refinancer leur résidence et de dépenser leurs capitaux propres [ainsi libérés]. Les cartes de crédit ont été sur-utilisées, en attendant la hausse de l’immobilier et de la valeur des actions pour payer la dette accumulée. La fête a été arrêtée par l’éclatement de la bulle de l’immobilier et des capitaux propres [issus de la valeur estimée des maisons].

Dès lors que les consommateurs ne peuvent plus s’endetter davantage et où leurs revenus n’augmentent pas, il n’y a aucune base pour la relance de l’économie par la consommation. En effet, les statistiques montrent que les consommateur remboursent leurs dettes dans un effort visant à survivre financièrement. Dans une économie dont la force motrice est le consommateur, c’est une mauvaise nouvelle.

Les banques, maintenant des banques d’affaires grâce à la dérégulation motivée par la cupidité, qui a annulé les leçons apprises du passé, sont encore plus téméraires que le consommateur et ont amené l’effet de levier spéculatif vers de nouveaux sommets. À la demande pressante de Larry Summers et de Henry Paulson, [ancien] directeur de Goldman Sachs, la Securities and Exchange Commission et le régime Bush ont coopéré pour supprimer les restrictions sur l’effet de levier de la dette.

Lorsque la bulle a éclaté, l’énorme effet de levier a menacé d’abattre le système financier. Avec on ne sait quelle quantité de milliers de milliards de dollars, le Trésor et la Réserve fédérale se sont portés volontaires pour « renflouer le système financier, » dans une démarche visant, évidement, à sauver les établissements financiers motivés par la rapacité, à l’origine de la débâcle économique qui a dépossédé les Américains ordinaires de la moitié de leur épargne.

Le consommateur s’est assagi, mais pas les banques. Requinquées par les 700 milliards de dollars du TARP [”Troubled Assets Relief Program”, plan fédéral d’aide aux banques] et le gonflement du bilan de la Réserve fédérale, les banques se comportent toujours comme des hedge funds [fonds spéculatifs]. Grâce à la reprise actuelle du marché boursier, qui n’est pas du tout un signe de reprise économique, mais la violente attaque finale de quelques banques d’affaires et leurs amis de Washington contre la richesse des Américains, la spéculation à effet de levier produit une nouvelle bulle. Roulant sur les bénéfices, Goldman Sachs a annoncé des boni [primes] à six chiffres pour ses employés.

Le reste des États-Unis souffre terriblement.

Tel qu’il est rapporté, le taux de chômage est une fiction, et cela depuis l’administration Clinton. Le taux de chômage n’inclut pas les Américains sans emploi depuis plus d’un an, qui ont renoncé à chercher du travail. Le taux de chômage affiché, de 10%, ne tient pas compten des millions d’Américains chômeurs de longue durée, qui ne sont plus comptabilisés comme demandeurs d’emploi. Chaque mois qui passe, des chômeurs américains perdent leur statut de demandeur d’emploi simplement à cause de la fuite du temps.

Le taux d’inflation, en particulier celui de l’« inflation de base, » est une autre fiction. L’« inflation de base » ne prend pas en compte l’alimentation et l’énergie, deux des éléments principaux du budget des Américains. L’Indice des prix à la consommation (IPC) suppose, depuis la Commission Boskin à l’époque de l’administration Clinton, que si le prix d’un article monte, le consommateur le remplace par un article meilleur marché. C’est certainement le cas, mais cette manière de mesurer l’inflation signifie que l’IPC n’est plus comparable aux années précédentes, puisque le panier des biens inclus dans l’indice, varie.

L’IPC de la Commission Boskin, grâce à la réduction du taux d’inflation mesuré, augmente le taux de croissance réel du PIB. La conséquence des statistiques manipulées, c’est un taux d’inflation sous-estimé, qui érode la valeur réelle du revenu de l’aide sociale, et un taux de croissance surestimé. La manipulations des statistiques masque la baisse du niveau de vie.

Autrefois, la prospérité américaine, les revenus des Américains, croissaient avec la productivité. C’était la croissance réelle du revenu des Américains qui propulsait l’économie.

Dans l’Amérique d’aujourd’hui, les revenus en hausse sont dans la finance, qui risque l’avenir du pays dans un effet de levier excessif, et dans les entreprises mondiales qui remplacent la main-d’œuvre américaine par des étrangers. Avec les règles d’indemnisation et l’accent mis sur le bénéfice des actionnaires, qui règnent aujourd’hui aux États-Unis, les cadres des entreprises maximisent leurs gains et leurs indemnités en limitant l’emploi des Américains.

Essayez de trouver quelque aveu de cela dans les grands médias ou chez les économistes qui, pour des subventions, lèchent les bottes des entreprises qui délocalisent.

Le pire moment du déclin est encore à venir. L’apogée des faillites bancaires et des saisies immobilières est encore à venir. La débâcle de l’immobilier commercial est encore à venir. La crise du dollar est en construction.

Quand elle frappera, les taux d’intérêt augmenteront dramatiquement, à mesure que les États-Unis lutteront pour financer leur énorme budget et leur déficit commercial, pendant que le reste du monde tentera d’échapper à la dépréciation du dollar.

Depuis le printemps de cette année, la valeur du dollar s’est effondrée par rapport à toutes les monnaies, sauf celles qui lui sont rattachées. Le franc suisse a augmenté de 14% par rapport au dollar. Depuis avril 2009, toutes les devises fortes, du dollar canadien à l’euro et à la livre britannique, ont augmenté d’au moins 13% par rapport au dollar. Le yen japonais n’est pas loin derrière, et le real brésilien a augmenté de 25% par rapport au tout-puissant dollar. Même le rouble russe a pris 13% sur le dollar.

Quelle sorte de reprise peut-il y avoir, quand l’investissement le plus sûr consiste à parier contre le dollar ?

Le ménage américain de mon époque, quand le mari travaillait et que l’épouse s’occupait de l’entretien ménager et élevait les enfants, n’existe plus guère aujourd’hui. Les membres de la plupart, si ce n’est de tous les ménages, doivent travailler pour payer les factures. Mais les emplois disparaissent, même ceux à temps partiel.

S’il était mesuré avec la méthode utilisée quand j’étais ministre adjoint aux Finances, le taux de chômage aux Etats-Unis serait supérieur à 20% aujourd’hui. En outre, il n’existe aucun moyen évident de le réduire. Il n’existe aucune usine, dont la main-d’œuvre serait temporairement au chômage du fait de taux d’intérêt élevés, qui attende une politique de taux d’intérêt faible pour rappeler sa main-d’œuvre à la production.

Le travail a été déplacé à l’étranger. Dans les jours enfuis de la prospérité américaine, l’idée de leur responsabilité égale envers les clients, employés et actionnaires, avait été inculquée aux directeurs généraux. Cette idée a été exterminée. Poussés par Wall Street et la menace d’OPA promettant aux actionnaires d’« améliorer la valeur, » et incités par la « rémunération au rendement, » les patrons utilisent tous les stratagèmes pour remplacer les salariés américains par des étrangers moins chers. Malgré 20% de chômage et des ingénieurs diplômés avec mention qui ne trouvent pas d’emploi, ni même d’entretiens d’embauche, le Congrès continue chaque année de soutenir la délivrance de 65.000 visas de travail H-1B à des étrangers.

Au milieu de la plus grande période de chômage depuis la Grande Dépression, quel genre de fou faut-il être pour penser qu’il y a une pénurie de travailleurs qualifiés aux États-Unis ?

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